La Glace Italienne

Comprendre

Histoire de la glace italienne : des sorbets antiques au soft serve

Une longue route du froid sucré, des glacières perses aux machines de Bologne — avec ses vrais jalons, et ses légendes qu'on tient pour ce qu'elles sont.

Réponse courte

La glace italienne — en anglais soft serve — est l'aboutissement d'une très longue histoire. Ses racines lointaines sont la neige sucrée de l'Antiquité et les sorbets ; mais la glace molle, servie à la machine en spirale naît aux États-Unis dans les années 1930 (Carvel, Dairy Queen) et devient industrielle avec Carpigiani à Bologne en 1946. Le célèbre récit de Marco Polo rapportant la glace de Chine, lui, est une légende.

Cornet de glace italienne en torsade sur fond de bord de mer méditerranéen au soleil couchant, évocation de l'héritage de la glace italienne
La glace italienne d'aujourd'hui : une texture molle servie en torsade, au bord de mer. Il aura fallu des siècles pour en arriver là.

Aux origines

Rafraîchir avec la neige (Perse, Rome, Orient)

Au commencement, il n'y a pas de « crème glacée » : il y a l'art de garder la neige et la glace pour rafraîchir des douceurs. Dans la Perse antique, on stockait la neige dans des glacières en dôme, les yakhchāl, et l'on préparait des desserts glacés. Le sharbat — neige, miel et jus de fruits — a d'ailleurs donné notre mot « sorbet ». À Rome, un livre de cuisine du Ier siècle décrit déjà des douceurs « saupoudrées de neige ».

Une piste chinoise, plus ancienne encore, revient souvent : elle est plausible, mais mal documentée. On la mentionne donc comme une hypothèse, sans lui coller de date au chiffre près — les récits qui datent tel dessert « quatre siècles avant notre ère » relèvent plus de la tradition que de l'archive.

Sorbet cristallin à la grenade dans un verre parmi des colonnes antiques, évocation des origines antiques du dessert glacé sucré
Aux origines, pas de crème glacée : une glace à l'eau, cristalline, sucrée — l'ancêtre lointain, du côté du sorbet et de la granita.

Légende, pas histoire : Marco Polo

On lit partout que Marco Polo aurait rapporté les recettes de glace de Chine au XIIIe siècle. C'est un mythe, très probablement forgé au XIXe siècle par des marchands de glace en quête d'un bel argument de vente. Ses écrits n'en disent pas un mot, et aucune source ne l'évoque avant les années 1800. La glace sucrée existait d'ailleurs bien avant lui, autour de la Méditerranée.

Le relais méditerranéen

Sorbets arabes, Sicile et granita

C'est par le monde arabe et la Sicile que la glace sucrée s'installe durablement en Europe.

Le sharbat arabe se diffuse en Méditerranée, et la Sicile, avec la neige de l'Etna, devient une terre de glaces : c'est là que naît la granita, faite de glace finement cristallisée et de sirop. Longtemps, ces glaces restent un luxe — refroidir coûte cher, car il faut de la glace et du sel.

Cette granita a une descendance qu'il faut connaître pour éviter une confusion classique : l'« Italian ice » anglo-saxonne. Ce n'est pas la glace italienne. C'est une glace à l'eau, sans lait ni œuf, cousine directe de la granita — quand la glace italienne, elle, est une crème molle et lactée. Le tri complet se fait sur la page définition.

Granité citron maison aux cristaux de glace bien visibles, servi dans un verre sur une terrasse en bord de mer
La granita sicilienne : des cristaux et du sirop. Cousine de l'« Italian ice », à ne pas confondre avec la glace italienne.

Renaissance

La cour des Médicis, entre récit et histoire

Ici, on quitte les faits pour les traditions — et il faut le dire clairement.

Plusieurs récits attribuent l'« invention » du gelato à des artistes de la cour des Médicis, à Florence — on cite Bernardo Buontalenti ou Cosimo Ruggeri. On raconte aussi que Catherine de Médicis aurait apporté la glace en France en 1533, en épousant le futur Henri II. Ce sont de belles histoires, mais des traditions : les historiens les contestent, et la glace existait en France avant elle. On les raconte volontiers — à condition de ne pas les faire passer pour de l'histoire établie.

1686

Procope : la glace pour tout le monde

Vers 1686, le Sicilien Francesco Procopio dei Coltelli ouvre à Paris le Café Procope et y sert des glaces au public. C'est un vrai tournant : la glace cesse d'être un privilège de cour pour devenir un plaisir qu'on achète. On le présente parfois comme « le père de la glace en France » — c'est une légende : il ne l'a pas inventée, il l'a popularisée. La nuance compte.

Le cœur du sujet

La naissance du soft serve, dans les années 1930

C'est là, et pas à la Renaissance, que naît la glace italienne telle qu'on la connaît : molle, servie à la machine.

Trois jalons s'enchaînent, tous aux États-Unis. En 1926, Charles Taylor brevète une machine automatique à crème glacée : l'ancêtre technique. En 1934, un week-end férié, le camion de Tom Carvel crève un pneu à Hartsdale, dans l'État de New York ; il vend sa glace en train de fondre et découvre que les clients la préfèrent molle. En 1936, il ouvre boutique, fonde la marque Carvel et met au point ses machines à glace molle.

Torsade de glace italienne à la vanille en gros plan sur fond orange rétro, esprit comptoir des années 1950
La spirale de glace molle sur cornet pointu : la signature de la glace italienne, née avec les machines à turbine du XXᵉ siècle.

Presque en même temps, dans l'Illinois, la famille McCullough met au point sa propre formule de glace molle. Le 4 août 1938, à Kankakee, leur ami Sherb Noble en fait la première vente-test : « à volonté » pour dix cents. Résultat, plus de 1 600 portions en deux heures. Le premier magasin Dairy Queen ouvre le 22 juin 1940 à Joliet.

Qui a inventé la glace italienne ?

La question n'a pas de réponse tranchée : la paternité du soft serve est disputée entre Carvel (1934-1936) et Dairy Queen (1938). Les deux revendications coexistent dans les sources. Ce qu'on peut dire sans se tromper, c'est que la glace italienne moderne est une invention américaine des années 1930 — même si son nom et son goût plongent leurs racines dans la tradition glacière italienne.

1946

Carpigiani et la machine moderne

La bascule vers la glace italienne industrielle passe par l'Italie. En 1946, à Bologne, les frères Bruto et Poerio Carlo Carpigiani fondent leur fabrique et brevètent une machine, l'« Autogelatiera ». Carpigiani deviendra le leader mondial des machines à gelato et à soft serve. C'est ce maillon « machine » qui rend possible, dès les années 1950, la fameuse texture foisonnée servie en spirale au comptoir — celle des bords de mer et des snacks d'aujourd'hui.

En un coup d'œil

La frise des vrais jalons

Uniquement des repères vérifiés. Les attributions incertaines sont traitées plus haut, pour ce qu'elles sont.

  1. Antiquité
    Perse, Rome

    On conserve la neige dans des glacières et on la sucre de miel et de jus de fruits. Le sharbat perse donnera notre mot « sorbet ».

  2. ~1686
    Paris

    Le Sicilien Francesco Procopio ouvre le Café Procope et vend des glaces au public : la glace sort des cours princières.

  3. 1926
    États-Unis

    Charles Taylor brevète une machine automatique à crème glacée, ancêtre technique des machines à glace molle.

  4. 1934–1936
    Hartsdale (NY)

    Un pneu crevé fait découvrir à Tom Carvel que les clients préfèrent la glace fondante. Il fonde Carvel et met au point des machines à soft serve.

  5. 1938
    Kankakee (IL)

    Première vente-test de la glace molle des McCullough par Sherb Noble : plus de 1 600 portions en deux heures. Dairy Queen est née.

  6. 1946
    Bologne

    Les frères Carpigiani fondent leur fabrique et brevètent l'« Autogelatiera ». La machine à glace italienne devient industrielle.

Questions fréquentes sur l'histoire de la glace italienne

Marco Polo a-t-il rapporté la glace de Chine ?

Non. C'est une légende, sans doute inventée au XIXᵉ siècle pour vendre de la glace. Rien dans les récits de Marco Polo n'en parle, et aucune trace n'existe avant le XIXᵉ siècle. On rafraîchissait déjà des préparations à la neige bien avant lui, en Perse et à Rome.

Qui a inventé la glace italienne, c'est-à-dire le soft serve ?

La paternité est disputée. Aux États-Unis, Tom Carvel (dès 1934) et Dairy Queen (formule de 1938) revendiquent chacun la glace molle moderne. Les deux histoires coexistent : on retient surtout que la glace italienne telle qu'on la connaît naît dans les années 1930, portée ensuite par les machines de Carpigiani.

« Glace italienne » et « Italian ice », c'est la même chose ?

Non, ce sont deux desserts différents. En anglais, « glace italienne » se dit soft serve. L'« Italian ice » est autre chose : une glace à l'eau, sans lait ni œuf, cousine de la granita sicilienne. Traduire l'un par l'autre est une erreur fréquente.

Pourquoi l'appelle-t-on « italienne » ?

Le nom français rattache cette glace à la tradition glacière venue d'Italie — le gelato, la granita sicilienne — qui a nourri toute la culture européenne du dessert glacé. La texture molle servie à la machine, elle, s'est surtout imposée au XXᵉ siècle avec les machines à turbine.

Pour aller plus loin

Sources et lectures

Pour prolonger, deux points d'entrée fiables : l'article Wikipédia « Soft serve » (l'équivalent anglais de la glace italienne, avec les repères Carvel et Dairy Queen) et le dossier « Histoire de la glace italienne » de Gelmix.

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